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03 - Les créateurs de Wonder Woman

November 14, 2017

Qui est Wonder Woman ?
Comment a-t-elle été imaginée ?

Par qui ?

Pourquoi ?
Peut-on être une pin-up adepte du bondage & une icône féministe ?

 

lien alternatif : http://www.dailymotion.com/video/x68z7st

 

Texte de la vidéo :

UNE VIE RICHE D'EXPÉRIENCES

 

William Moulton Marston, alias Charles Moulton, est né le 9 mai 1893 a Saugus dans le Massachusetts. À la différence de Siegel et Shuster, travailler dans la BD n’était pas pour lui un rêve de jeunesse. En effet contrairement à ses confrères, qui étaient pour la plupart dans la vingtaine au début de l’âge d’or des comics

( soit entre 1938 et 1954 ), ce multi-diplômé est déjà riche de nombreuses expériences professionnelles.

 

En 1911 Marston vendra divers scénarios de films afin de financer son entrée à Harvard. Il y décrochera en 1915 une licence en Arts, et en 1918 une licence de droit. Enfin en 1921 il décrochera un doctorat en psychologie.

 

Lors de sa première année en faculté, l’Association Masculine de Harvard en faveur du suffrage des femmes invita la militante britannique Emmeline Pankhurst [15 juillet 1858-14 juin 1928]. Cependant, le conseil d’administration de l’université, qui n’acceptait toujours pas d’enseigner aux femmes, annula la conférence. La féministe s’exprima malgré tout sur la place du campus. Si Marston vécut toute sa vie dans un milieu progressiste il s’agit peut être là se première rencontre d’un féminisme militant.

 

 

 

En 1915 il décrocha une licence en Arts et remporte un concours de scénario lancé auprès des étudiants de facultés de tout le pays. C’est cette même année il épousa la militante féministe Elizabeth Holloway. Le parcours d’Elizabeth est notable pour l’époque puisqu’elle obtiendra 3 diplômes dans 3 établissements différents et continuera à travailler après son premier accouchement à l’âge de 35 ans.

 

Elizabeth Holloway >

1915 B.A in Psychology au Mount Holyoke College   

1918 LL.B à la Boston University School of Law   

1921 M.A in psychology au Radcliffe College   

 

Enfin en 1921 obtiendra son doctorat en psychologie. Sa thèse, sur une inspiration de son épouse qui avait remarqué que sa tension augmentait quand elle était en proie à de fortes émotions, portait sur le lien entre la pression artérielle et le mensonge. Ce qui inspira probablement plus tard le lasso de vérité de Wonder Woman.

 

Par la suite John Larson, alors étudiant en médecine et officier de police à Berkley, intégra ces tests à sa propre machine, le polygraphe, que les journalistes baptiseront du nom fort explicite de « détecteur de mensonges ».

L’appareil de Larson détectait la pression sanguine en continu et pas seulement les piques comme celle de Marston. Il mesurait aussi le rythme de la respiration et la conductivité de la peau.

 

Malgré tout le détecteur de mensonges à toujours été vivement critiqué pour son manque de fiabilité. Et si certains services de police, ou même le FBI, s'en servent il n’est pas jugé assez fiable par la Cour Suprême des États-Unis pour servir de preuve durant un procès.  Idem en France où il n'est même pas utilisé durant un interrogatoire.

Au début des années 20 les femmes pouvaient à participer à des jurys dans seulement 31 états. Alors le couple Marston mena une étude au sein de l’université dans le but de démontrer que les femmes sont plus fiables que les hommes. Mais ils seront contraints d’abandonner leurs travaux à cause d’accusations de fraude. Et ce malgré le fait que les charges seront abandonnées par la suite.

 

William retrouvera un poste d’enseignant à Tufts dans le Massachusetts en 1925. C’est là qu’il tombera amoureux de l’autre femme de sa vie, Olive Byrne. La jeune femme était alors une de ses étudiantes, mais aussi la fille de la célèbre militante féministe Ethel Byrne.

 

Ethel Byrne ouvrit à Brooklyn avec sa sœur, Margaret Sanger, auteur de Woman and the New Race, la première clinique de contraception américaine en 1916. Cela lui vaudra d’être arrêtée. Encouragée par Emmeline Pankhurst, elle entama une grève de la faim pour attirer l’attention sur les 8 000 décès causés chaque année dans l’état de New York par des opérations d’avortement pratiquées en dehors d’un hôpital.Elle obtiendra finalement la grâce du gouverneur à la condition de ne plus participer à aucun mouvement en faveur de la régulation des naissances.

La jeune femme et son professeur commenceront à travailler ensemble. Et dans le cadre d’une étude qu’Olive menait sur les rapports de domination Marston assistera au rite d’initiation d’une sororité étudiante ( celle d’Olive ). « Les filles étaient conduites jusqu’à un couloir sombre où on leur bandait les yeux et on leur attachait les bras », se souvint Marston. Elles étaient ensuite regroupées dans une pièce où leurs aînées les obligeaient à se plier aux ordres en leur donnant des coups de badines. « Presque toutes les étudiantes de deuxièmes années se disaient excitées et troublées tout au long du la fête « ajouta le professeur qui nommera ce phénomène « l’émotion de fascination ».

 

En 1926, Olive Byrne alors âgée de 22 ans s’installera avec William et Helizabeth dans une relation polyamoureuse où régnait « l’amour pour tous » comme le dira plus tard Elizabeth. Olive donnera 2 enfants à son professeur qui en avait déjà 2 de son épouse légitime. Les enfants ont donc 3 parents ou selon la formule de William « 2 mamans et

1 pauvre papa ». Et pour s’assurer que les enfants aient une protection et une reconnaissance légale Elizabeth adoptera

les enfants d’Olive.

 

 

William a donc désormais 2 compagnes. Elizabeth, qui fait carrière dans l’édition, et Olive, qui s’occupe des enfants. Mais cet arrangement, trop choquant pour l’époque, fini par se savoir et William est a nouveau renvoyé. D’ailleurs pendant les années 20 il ne gardera pas un emploi plus d’un an et il descendra régulièrement les échelons universitaires. En effet après avoir été professeur titulaire et président du département de psychologie, à l’American University de Washington, il deviendra professeur assistant non titulaire à Tuft pour finir par n'être que maître de de conférences à Columbia durant un an.

 

En 1928 il élabore un outil d’analyse comportementale le langage Disc. Il publie cette même année Les émotions des gens normaux où il affirme que la plupart des éléments de la vie affective et sexuelle, considérés comme anormaux, proviennent de la structure même du système nerveux.

À cette époque Olive poursuit un doctorat en psychologie à Columbia. Elle et son amant vont mener devant des journalistes une expérience dans un cinéma afin de présenter la dernière invention de William, le compteur d’amour. Le couple menottera 3 blondes et 3 brunes afin de mesurer leur pression sanguine ainsi que leur niveau d’excitation pendant la diffusion de La chair et le diable avec Greta Gabro. Ils arriveront à la conclusion que les jeunes femmes brunes seraient plus facilement excitées que les blondes.

 Suite à cette démonstration l’université ne renouvellera pas les contrats de Marston qui, estimant sa carrière universitaire terminée, tentera de percer à Hollywood. C’est ainsi qu’en 1929 il déménagera avec sa famille en Californie. Il y décrochera un poste à Universal qui cherchait quelqu’un de qualifier pour analyser l’intrigue d’un film et prévoir les réactions du public.

 

Avec l’aide de Walter Pitkin, un professeur en journalisme de Columbia, il publiera en 1930 The art of sound pictures. Il s’agissait d’un manuel d’écriture dont une grande partie était consacrée à l’art et la manière de contourner la censure en fonction des états.

 

Marston et Pitkin finiront par s’associer pour créer leur propre boîte de production, Equitable Pictures. Malheureusement ils en déposeront les statuts peu de temps avant le début de la crise de 29, ce qui entraînera leur fermeture.

 

En 1937, l’association médicale américaine ( A.M.A ) autorise enfin la contraception. Marston profitera de l’événement pour prédire l’avènement d’un matriarcat.

 

L'ENTRÉE DANS LE MONDE DES COMICS

 

Superman apparaîtra l’année suivante et avec lui les premières critiques contre ce nouveau divertissement populaire que sont les comics de super héros. On accuse en effet ces histoires d’être une débauche de violences et de fantasmes scandaleux. Le comic code est encore loin, mais les éditeurs commenceront à s’inquiéter de cette mauvaise presse.

 

En 1940, Maxwell Charles Gaines, l’éditeur de Superman, lit un article dans lequel Olive Byrne interroge

son conjoint sur l’influence que peuvent avoir ces personnages d’illustrés. William Marston répondra que « Les vœux de Superman illustrent les nobles aspirations américaines, comme déployer une force nationale indestructible et utiliser la puissance pour protéger les innocents ». Gaines verra alors dans Marston un moyen de contrer les critiques en l’engageant comme conseille pédagogique.

 

Pour William c’est une opportunité à ne pas rater. Lui qui est déjà convaincu que la BD à un potentiel éducatif y voit l’occasion de mettre en scène sa définition de la femme parfaite. À savoir, « belle et bienfaisante, intelligente, dégourdie, agile, armée pour se défendre et pouvant faire éclater la vérité. »

 

Marston déplore à l’époque l’absence de personnages féminins qui puissent être érigés en modèles. Pas seulement pour les petites filles, mais aussi pour les hommes. Le scénariste pense en effet que les femmes sont supérieures aux hommes et il appelle de ses vœux à la mise en place d’un matriarcat. Mais un personnage ce n’est pas seulement un support pour porter un message c’est aussi une histoire. Et pour créer son héroïne, il va puiser son inspiration dans la mythologie gréco-latine.

Pour s’opposer à l’influence violente du dieu Arès, Aphrodite modèle dans l’argile un nouveau peuple de femmes plus fortes que les hommes et offre à leur reine Hippolyte une ceinture magique. Furieux Arès souffle à Hercule l’idée de s’emparer de la ceinture.Pour accomplir le neuvième de ses douze travaux, le fils de Zeus usa de tromperie avant de réduire en esclavage les femmes guerrières. Elles parvinrent malgré tout à se libérer. Et avec l’aide d’Aphrodite, la reine Hippolyte emmena son peuple sur une île loin du monde des hommes, jugé trop agressif.

Wonder Woman numéro 01 (vol 2) février 1987, dessin de George Pérez

 

Là les amazones se mirent à battirent un paradis, dédié aux sciences et aux arts, mais interdit à la gent masculine. Mais la souveraine des amazones désireuse d’avoir une enfant modela à son tour un bébé dans de l’argile qui par la volonté des dieux prendra vie. L’enfant, doté d’incroyable don sera nommé Diana d’après la déesse de la Lune.

 

Une fois adulte Diana sauvera le capitaine Steve Trevor d’un crash aérien. Cet homme occupera du reste le rôle de demoiselle en détresse tout au long de la série. Mais comme le monde est alors dans la tourmente Aphrodite demande à ce que Trevor soit renvoyé aux USA accompagné d’une amazone pour favoriser la victoire de l’Amérique pendant le second conflit mondial. Pour choisir celle qui raccompagnera le soldat chez lui un tournoi est organisé, mais Hippolyte interdit à sa fille d’y participer. Cette dernière passe outre, dissimule son identité et remporte le tournoi. Il lui est alors remis une tenue aux couleurs américaines ainsi qu’un lasso magique incassable, permettant de soumettre les gens, et les forçant à dire la vérité. Elle raccompagnera le capitaine aux USA à bord d’un avion invisible et prendra l’identité de Diana Prince l’infirmière de Trevor avant de devenir sa secrétaire aux services secrets.

Steve Trevor, l'éternel damoiseau en détresse

Batman : The Brave and the Bold 2008-2011

 

On le voit Marston à fait beaucoup d’emprunt à la mythologie. L’héroïne pourrait même être perçue comme un pendant positif de Pandore. En effet toutes deux se voient octroyer de nombreux dons de la part des dieux. Mais là où première femme fut conçue par les dieux pour être menteuse et funeste à l’humanité Diana prêche la paix, l’amour de la vérité et va contribuer à rendre le monde meilleur. Pour ce faire elle va s’entourer de quelques amies en particulier d’Etta Candy, une suffragette dont l’apparence tranche avec celle de la princesse, mais permet à l’auteur de montrer qu’une femme peut être valeureuse, quel que soit son physique.

 

Mais il s’inspire aussi de sa vie personnelle, les bracelets des amazones rappel les bracelets qu’affectionnait Olive Byrne, la princesse Diana serait paraît il fortement inspiré d’Elizabeth, l’un de ses ennemis le docteur Psycho est inspiré par un ancien professeur Marston, le lasso de vérité rappel évidement le détecteur de mensonges, et les pouvoirs et faiblesses de l’héroïne traduiront les intérêts qu’avait le psychologue pour des sujets comme notre rapport à la vérité et les rapports de domination.

 

Par exemple les adversaire de l’héroïne ne sont pas tués, mais envoyé dans la prison des amazones ou soumis à une « autorité bienveillante » ces antagonistes verront la vérité sur leurs actes et retrouveront le droit chemin. Marston propose donc un système de justice qui ne soit pas exclusivement punitif contrairement à la plupart des comics, mais au contraire un model favorisant la réhabilitation.

 

 

Sensation Comics >

Numéro 35 de novembre 1944   

Dessin de H.G. Peter   

 

À l’inverse l’héroïne perd sa force lorsqu’elle est entravée, ce qui donnera lieu à une large production d’illustration bondage.  

 

 

Tim Hanley, auteur de Wonder Woman unbound, en a même calculé que sur les dix premiers numéros de Wonder Woman, les scènes BDSM représentaient environ 17 % des cases. Ce qui fut suffisamment important pour que l’éditeur demande explicitement à Marston de réduire ce nombre.

 

 

< Lettre datée de 1943 de Gaines à Marston

   L'éditeur y suggère de réduire l'utilisation

   des chaines de 50 à 75 % sans que cela

   n'interfère sur la qualité de ses œuvres

   ou des ventes.

 

 

En fait la surreprésentation de ces scènes n’est pas si étonnante. À l’époque il n’est pas rare de trouver les super héros attachés dans un donjon par leurs adversaires afin subir divers sévices. Ainsi le méchant de l’histoire, souvent un nazi ou un Japonais, était présenté comme un arriéré à la pensée médiévale, et les héros en se délivrant prouvaient leur force et leur volonté à s’émanciper.

 

Du reste l’iconographie bondage n’est pas étrangère aux mouvements féministes. Il était ainsi courant de représenter les femmes se libérant des liens du patriarcat or la princesse Diana a été pensée comme une icône féministe.

 

Et c’est dans cet esprit que Wonder Woman apparaît donc enfin en décembre 1941 avec quelques pages dans le numéro 8 de la revue All-Star Comics sous les crayons de H.G.Peter. Le scénariste signe quand à lui sous le pseudonyme de Charles Moulton. L’héroïne s’installera ensuite en janvier dans le premier numéro Sensation Comics avant d’obtenir en juillet 42 un titre à son nom. Ce qui fait d’elle la 1° super-héroïne à avoir son comic book attitré.

Attention Wonder Woman n'est ni la première héroïne de comic books ni la première super héroïne.

 

Sheena, Queen of Jungle avait déjà été créée en 1937 par Will Eisner et Jerry Iger.

 

 

Jumbo Comics >

Numéro 15 de mai 1940   

Dessin de Bob Powell    

 

 

La première super héroïne de Comic Strip est l’Invisble Scarlet O'neil qui apparaîtra dans le Chicago Daily News à partir de 3 juin 1940 sous la plume de Russell Stamm.

 

 

< Chicago Daily News

   5 mars 1944

   dessin de Russel Stamm

 

 

Quant à la première super héroïne de comic book il s’agirait vraisemblablement de Fantomah apparue en 1940 sous les crayons de Fletcher Hanks.

 

 

 

Jungle Comics  >

  Numéro 15 de mars 1941    

dessin de Fletcher Hanks (sous pseudonyme)    

LE DESSINATEUR DE MARSTON : HARRY GEORGE PETER

 

Il est généralement admis que Marston est le créateur unique de Wonder Woman. Il est d’ailleurs le seul crédité dans ce rôle. Peter et lui, bien que partageant des opinions similaires sur les suffragettes et les mouvements féministes de l’époque, n’étaient pas en symbiose dans le processus créatif comme pouvaient l’être Siegel et Shuster. Les connaissances en droit de William et le fait que son dessinateur soit déjà quelqu’un d’expérimenté ont rendu les choses parfaitement claires sur le rôle de chacun.

 

Malgré tout la bande dessinée est un média fondamentalement visuel et le succès n’aurait probablement pas été le même sans son créateur graphique il serait donc bon d’en dire quelques mots.

 

Harry George Peter naîtra le 8 mars 1880 à Saint Rafael en Californie. Troisième enfant d’un couple d’immigrés français il commencera sa carrière dés l’âge de 20 ans. Au début il travaille pour le San Francisco Chronicle ce qui lui permettra de rencontrer Adonica Fulton qui est la dessinatrice maison du San Francisco Bulletin, un autre journal appartenant au même groupe de presse. Au contraire de Peter, Fulton a pu étudier le dessin à la Mark Hopkins Institute of Art. Elle deviendra alors une sorte de mentor pour Peter tout autant que sa maîtresse. En 1907 le couple déménagera pour New York et leur style sera fortement influencé par les « Gibson Girl ».

Dessinées par Charles Dana Gibson pour divers journaux, il s’agissait de représentation de femmes belles à la mode et relativement indépendantes. On voit parfois dans cette façon de représenter la femme un ancêtre de la pin-up. Mais si ces dessins transmettent bien un idéal de beauté, la Gibson Girl est aussi instruite, sûre d’elle, bien habillée, parfois presque un peu hautaine et jamais soumise à l’homme.

 

 

Dessin de Charles Dana Gibson >

Harry et Adonica se marieront en 1912. En 1941, après une longue carrière à travailler pour la presse, dont le journal féministe The Modern Woman, Peter se mettra aux comics books en mettant en image une biographie du général Marshall pour le magazine True Comics. C’est cette même année qu’il livrera son premier travail super héroïque avec le personnage de Man O’Metal dans la revue Reg'lar Fellers Heroic Comics. Et c’est à l’âge de 61 ans, alors qu’il travail pour All-American Publications (fondée en 39 c'est encore une entité distincte de DC même si le logo aux deux lettres apparait sur les publications car elle bénéficie du réseau de distribution de celle ci) , qu’on lui confie Wonder Woman, pour laquelle il adoptera un style un moins ostentatoire que ce que l’on pouvait voir à l’époque pour les héroïnes de bande dessinée. Il dessinera presque toutes les aventures de l’amazone pendant l’âge d’or des comics. Que ce soit Sensation Comics, Wonder Woman, All-Star Comics ou encore Comic Cavalcade. Notons qu’en parallèle il continuera à dessiner Man-O-Metal jusqu’en 1944, dont il était peut-être aussi le scénariste.

 

Au printemps 42 Gaines interroge ses lecteurs sur le statut de l’amazone grâce à un questionnaire dans All-Star Comics avec cette question : « Doit-on accepter que Wonder Woman, même si c’est une femme, devienne membre de la Justice Society ? » (La Justice Society of America, apparue dans All-Star Comics n° 3 en janvier 1940, fut la première « super équipe ».)

 

Sur les 1801 premières réponses, 1265 garçons et 333 filles répondirent oui, au contraire de 187 garçons et 6 filles. L’héroïne rejoignit alors l’équipe dont elle fut la seule représentante féminine. Mais la série était écrite par Gardner Fox, qui au contraire de Marston n’était pas particulièrement féministe, et il fit du personnage la secrétaire de l’équipe. Il alla jusqu’à lui faire dire des phrases comme : « Bonne chance les garçons. Comme j’aimerais vous accompagner ! »

All-Star Comics #12 aout 1942, dessin de Jack Burnley

 

Marston était furieux d’autant qu’il souhaitait se servir de son personnage, pour illustrer le fait qu’une femme devrait pouvoir prétendre aux plus hautes fonctions. Ainsi au détour d’une histoire placera son héroïne dans un futur utopique où elle devient présidente des USA.

 

William mourut d’un cancer en 1947. Son épouse, Elizabeth, voulut pouvoir écrire la suite des aventures de l’amazone. Le choix aurait été logique, elle avait déjà travaillé dans le milieu de l’édition et à l’exception d’Olive Byrne c’était probablement la personne la plus calée de la planète sur ce personnage.

 

LE RETOUR DE LA MORALE TRADITIONNELLE

 

Mais alors que pendant le second conflit mondial la part de femmes actives avait augmenté de 60 % dans les années d’après-guerre,elles sont priées de retourner derrière les fourneaux pour faire place aux hommes revenus du front.

 

Pendant cette période le gouvernement se lancera, en autres chasses aux sorcières, dans une traque des homosexuels, licenciant de l’administration toute personne soupçonnée de l’être. Elizabeth Holloway et Olive Byrne qui sont restées ensemble après la mort de leur compagnon devront mener une vie encore plus discrète qu’auparavant.

 

Il faut dire que cette homophobie ambiante pouvait allez très loin. Margaret Chase Smith, la sénatrice du Maine, allant jusqu’à demander s’il existerait « un test, rapide comme une radiographie, qui puisse révéler ces choses-là. » Ironiquement c’est le polygraphe que Marston a contribué à créer qui fera office de « test rapide ».

 

Le poste de scénariste est donc confié à Robert Kanigher qui au travers de ses histoires fera de la princesse Diana une baby-sitter, un mannequin ou encore une vedette de cinéma.

Il mettra aussi fin à la rubrique « Les wonder women de l’histoire » qui présentait à chaque numéro la biographie d’une femme importante et accomplie de l’histoire. Il remplacera ces pages par une chronique des mariages mondains à partir de Wonder Woman 69 en 1954. Pour sa défense à l’époque de la guerre froide l’Amérique va se replier sur des valeurs traditionnelles, et les comics étaient souvent jugés trop progressistes.

 

En parallèle Fredric Wertham, un psychologue assez influent, mènera une croisade contre les comic books qui entraînera la création du Comic Code Authority en 54. Or Wonder Woman était une de ses cibles favorites, qu’il accuse d’être une dangereuse lesbienne incitant la jeunesse à la débauche.

Malgré tout, et même s’il se fait moins présent Peter continuera à dessiner l’amazone jusqu’à sa mort en 1958, à l’âge de 78 ans.

 

Helizabeth quant à elle finira par trouver un travail dans les assurances et Olive dans un service de santé maternelle.

 

UN RENOUVEAU

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Bien que la popularité de Wonder Woman baissera dangereusement au fil des années mais elle trouva un second souffle à la faveur des mouvements de libération sexuelle de la fin des 60's.

 

En 1972, à environ 80 ans, Elizabeth écrira depuis la Virginie, où elle vit avec Olive âgée de 68 ans, au magazine féministe Ms. Magazine toujours publié de nos jours. En effet il avait été annoncé que Wonder Woman serait en couverture. Elle fut donc invitée par Gloria Steinem, la fondatrice du journal, qui était une fan de longue date, à rencontrer la rédaction à New York. Si elle ne dit pas un mot sur sa relation avec Olive, elle raconta comment le personnage, en passe de redevenir une icône des mouvements féministes, avait été créé et dans quels objectifs.

 

Par exemple quand on l’interrogea sur les bracelets de l’amazone elle répondra que « Une étudiante du docteur Marston portait à chaque poignet deux imposants bracelets en argent, l’un africain et l’autre mexicain. Il y a vu des symboles d’amour et il les a attribués à Wonder Woman. » L’étudiante en question était en fait Olive Byrne qui vivait depuis déjà 48 ans avec Elizabeth.

Juillet 1972, dessin de Murphy Anderson >

 

Olive décédera en 1985

Elizabeth mourra centenaire le 27 mars 1993

2006 : Marston integrera le Will Eisner Hall of fame

En 2007 ce sera au tour de Robert Kanigher

 

 

 

 

< Olive et Elizabeth en 1985

Sources :

 

Jennequin, J.-P.  Histoire du comic book t1 - des origines à 1954. Vertige Graphic (2002).

Collectif. Les Chroniques de DC comics. Huginn & Muninn (2015).

Collectif. Wonder Woman Anthologie. Urban comics (2016).


https://www.actualitte.com/article/bd-manga-comics/le-premier-dessin-de-wonder-woman-signe-h-g-peter-mis-aux-encheres-sur-comic-link/54828

 

http://www.comicbox.com/index.php/articles/french-collection-296/

http://www.comicbox.com/index.php/articles/oldies-but-goodies-reglar-fellers-heroic-comics-7-juillet-1941/

https://thelesbiangeek.wordpress.com/2012/10/14/wonder-woman-aux-origines/
https://thelesbiangeek.wordpress.com/2014/11/24/wonder-woman-la-verite-sur-la-plus-celebre-des-super-heroines/

https://thelesbiangeek.wordpress.com/2014/11/12/wonder-women-of-history/

 

http://www.mdcu-comics.fr/encyclo/personnage/wonder-woman/33

https://www.mdcu-comics.fr/news-002701-mdcu-tpamc-wonder-woman--autopsie-dune-icone-a-labandon.html

 

https://www.2dgalleries.com/articles/wonder-woman-bondage-sadomasochisme-et-liberation-31

https://www.2dgalleries.com/articles/wonder-woman-l-heroine-du-futur-30

 

http://www.analysesenseries.com/?p=10626

http://www.leblogdelasemio.com/?p=78

http://superherossurledivan.blogspot.fr/2011/03/le-costume-de-wonder-woman.html

https://dailygeekshow.com/wonder-woman-portrait/

http://www.barbieturix.com/2016/04/05/les-origines-de-wonder-woman-bondage-et-feminisme/

http://www.sygne.net/wonder-woman-ou-la-seduction-des-innocents-kevin-poezevara-2/

comicspournoob.com/guide-lecture-comics-wonder-woman/

http://www.grosgeek.com/savez-vous-quel-est-le-point-commun-entre-wonder-woman-et-le-detecteur-de-mensonges/

http://www.fauteusesdetrouble.fr/2013/01/les-dessous-de-wonder-woman/

http://www.jolpress.com/sexualite-heros-wonder-woman-feminisme-sexe-sexotherapeute-maux-mots-article-821356.html

http://www.gqmagazine.fr/sexactu/articles/la-face-cache-de-wonder-woman/16351

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/urban-comics/review/1941336-les-plus-grands-dessinateurs-pour-la-plus-celebre-des-super-heroines

http://www.vanityfair.fr/culture/series/articles/wonder-wooman-la-chienne-de-garde-de-lamerique/24387

https://www.eveprogramme.com/15521/un-pionnier-de-legalite-william-m-marston-createur-de-wonder-woman/

https://usbeketrica.com/william-marston-createur-de-wonder-woman-et-du-detecteur-de-mensonges/

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Sur ce blog je vais donner mon avis, pour le meilleur et pour

le pire, sur ce que j’ai lu en BD (principalement d’origine anglo-saxonne, mais pas seulement).

 

Pour mes vidéos, en plus de fournir des liens pour les visionner, je vais en fournir ici les textes afin que ceux qui n’apprécient pas ce média puissent tout de même en profiter.

 

Et puis je ne m’interdis pas de quitter de temps à autre le 9° art pour aborder d’autres trucs de geek.